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 L'amour en Nlar

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MessageSujet: L'amour en Nlar   Dim 24 Mai 2015 - 9:50

Une fois de plus, j'escortais un marchand. Il faisait sa route dans tout Nlar, le plus grand et plus puissant pays du continent Nlar, issu du monde du même nom. Ce manque flagrant d'originalité m'avait toujours consterné. Donc, ce marchand allait de Isphir, une petite ville sans grand intérêt, à Nlar, la capitale de... Nlar. J'avais l'habitude d'escorter ce même marchand, ou plutôt cette même marchande. Et elle faisait constamment la même route. Elle et moi étions originaire d'Isphir, justement. Cette ville ressemblait plus à un attroupement d'indigènes chamanistes, mais nous la considérions comme une ville.
Encore une fois, j'avais, enroulé à l'intérieur de mon fourreau, une lettre que je ne devais pas lire. Le destinataire m'était inconnu, mais je connaissais l'envoyeur. Il s'agissait d'un de nos jeunes chamanes. Pour peu que l'on ne le connaisse pas, il pourrait sembler arrogant, toujours caché derrière un masque, mais ce subterfuge n'est pas dû à un ego trop développé. Lors de son enfance, par maladresse, il avait défiguré sa sœur. Personne lui en voulait mais par solidarité, depuis, il gardait un masque en bois à l'instar de son aînée. De nombreuses filles avaient tenté de l'en dissuader, voulant voir la gracieuseté de son visage. Mais rien à faire, Meenak avait été imperturbable.

Le voyage avait été tranquille, pour une fois. Nous apercevions déjà, moi et ma compagnonne, les toits en ardoise de Nlar. Une fois plus proches de la capitales, nous pûmes voir que la ville était littéralement euphorique. Je songeai d'abord à la conquête d'un des quatre autres royaumes, Ione, Ostie, Feral ou Ysteragne, mais cela était peu probable. Il n'y avait pas d’étendards sur la muraille. Alors qu'est-ce qui pouvait rendre cette population aussi joyeuse ? Connaissant leur superficialité, j'en conclus qu'il ne s'agissait pas de quelque chose d'essentiel, ni même de nécessaire. Ce fut ce jour que j'ai appris que la première personne à avoir gravit le mont Pilnier venait de Nlar. Du continent Nlar, du pays Nlar et de la capitale Nlar pour plus de précision. Ne voulant pas me mélanger à ces gens, de peur de devenir superficiel à mon tour, j’accélérai le pas, obligeant Ingread, mon amie employeuse marchande à suivre plus rapidement. Si son taureau de bât n'avait pas été masochiste, je l'aurais plaint. Personnellement, je n'aurai pas apprécié de me faire fouetter pour aller plus vite.
Ingread me donna trente-six pièces d'or, pour l'escorte, puis me fixa un rendez-vous au marché pour un peu plus tard. Elle avait également besoin d'escorte pour le retour.
Mes pieds avançaient tout seuls, sans réfléchir. Ils connaissaient le chemin. Chaque vois que je venais à Nlar -je parle de la capitale, pas du pays ni du continent ni du monde-, j'avançais jusqu'à me retrouver devant cette maison. Et comme si la domestique y vivant guettait mon arrivée, elle m'ouvrait la porte dès mon apparition. De tout ce domaine, il n'y avait qu'elle que je pouvais voir. À ce moment, je sortais mon épée de mon fourreau, je faisais tomber la lettre qui était à l'intérieur et la donnait à cette employée. Nous échangions un puissant regard, puis je m'en allais, après avoir reçu quelques cents pièces d'or. Après avoir vu cette jeune femme, mon cœur était toujours chamboulé. Mais je ne savais pas si je l'aimais plus que Ingread, à qui je m'étais réellement attaché également.
Toutes ces étapes étaient l'essentiel de ma vie. Elles se répétaient inlassablement, la seule différence consistant en les dialogues et les regards. Mais cette vie me plaisait.
Avant de rejoindre Ingread au marché, je passai dans une librairie puisque oui, je savais lire ; et le sais aujourd'hui encore. J'avais besoin de conseils, je doutais de cet amour. Et j'y eu trouvé un livre : "L'amour en Nlar.". Il était assez cher ; neuf pièces d'or, mais cela valait le coup, j'en étais sûr. Alors je sortis l'équivalent de son prix de mon porte monnaie, puis l'acheta. Puis, tout en marchant vers la foire, je commençai à le lire :
_L'amour est une place primordiale dans le pays de Nlar. Il n'en est pas forcément de même dans les autres pays tels que Ione, mais Feral partage la même vision de l'amour que la notre. L'essence même de l'amour est la reproduction, il est impossible d'aimer sans procréer.
J'avais toujours jugé cette définition primitive. Mais qu'étais-je pour juger une population, un pays et leurs coutumes ? Plutôt que de me questionner, je poursuivis ma lecture :
_Si toutefois il vous est impossible d'aimer sans procréer, il est possible de procréer sans aimer. C'est une des étapes sur laquelle nous vous aiderons. Vous avez besoin de bien choisir l'homme ou la femme avec qui vous partagerez votre vie, sinon vous serez malheureux et ne pourrez pas vraiment l'aimer. Mais séduire l'homme ou la femme idéal n'est que rarement facile, la séduction est un art difficile.
Je me sentais presque souillé, en lisant ce livre. Mais je l'avais acheté et comptait bien le finir. De plus, il disait la vérité. Notre façon de penser nous causait quelques conflits avec Ione et Ysteragne.
Je n'eus pas le temps d'en lire plus, j'étais arrivé à la foire. Je mis quelques minutes à trouver l'étal d'Ingread, où elle présentait des spécialités culinaires coûteuses, provenant d'Isphir. Les recettes étaient encore très bonne, toujours très bonne... La moitié des gains revenait à notre village natal, et les trois quarts restant à Ingread. Il faut dire qu'elle faisait presque tout le travail. Et si l'on ajoute mon huitième de recettes à la récompense pour avoir escorter deux fois la marchande, sans oublier mon travail de facteur entre Meenak et son amante — ou du moins la personne que je présumais être son amante —, cela faisait une journée très payante.
À la fin de la journée, je retournai chez la correspondante du jeune chamane, pour que sa domestique puisse me donner une lettre que je devais à nouveau transmettre à Meenak. Puis nous pûmes, Ingread et moi, retourner à Isphir.
Sur le chemin, nous nous fîmes attaquer par des brigands que mon physique impressionnant réussit à intimider. Non, pas du tout, en fait. Bref, après les avoir facilement éliminés par quelques coups d'épée, nous remarquâmes, en les pillant, que l'un d'eux portait une lettre.
-Encore ? Je refuse de faire le facteur !
-Comment ça, encore ?
Ingread ne savait pas pour la liaison de Meenak. Pour tout dire, elle fantasmait sur lui, comme une bonne partie des femmes du village. Mais pour lui, elles étaient trop peu subtiles, trop peu poétiques... Contrairement à sa correspondante, sûrement. Toujours était-il que pour cela, je n'osais pas avouer qu'il avait une relation, peu importe la teneur de celle-ci, avec une autre personne.
-Non, laisses tomber, mes mots ne me viennent plus convenablement.
-Ouais... Voyons plutôt ce que dit cette lettre...
Je l'ouvrit et lu :
«Notre armée est prête. Celle d'Ysteragne aussi. Alertez vos complices, dans un mois nous lançons l'assaut, et Nlar tombera enfin. J'ai réussi à établir une paix éphémère entre mon royaume, celui d'Ostie et de Feral ; un pacte de non agression...
-Yrtich»
-Mais c'est horrible, on nous déclare la guerre !
-Connaissant la politique de Ione, je peux te certifier que ce n'est pas Yrtich qui va gêner notre peuple, réfléchit Ingread.
C'était en effet très probable.
-Mais surtout, ma chère marchande, n'en parle pas à Meenak. Ione a une vision bien plus pure et plus permittive de l'amour et il serait aisément capable de mourir pour cela.
-Compris. Je n'aime pas lui cacher des trucs mais si ça lui permet de rester en vie...

Le reste du chemin se passa au final sans autre incident. Une fois rentrés, Ingread se hâta d'aller voir l'apprenti chaman. Je lui rappelait au passage qu'elle me devait encore mon or. J'eus droit à 528 pièces d'un jaune brillant, dont 55 pour l'escorte. Puis je la suivis chez ce cher Meenak.
En nous rendant chez l'apprenti chaman, nous pûmes voir une scène assez atypique. De loin, elle aurait pu sembler être une banale scène de couple, mais il s'agissait d'une déclaration entre deux adolescents. Les deux semblait avoir à peu près quinze ans. J'avais déjà vu l'un d'eux ; elle faisait du théâtre, et elle avait joué dans une pièce que j'ai regardée. C'était une très belle fille d'une taille tout à fait commune. Un détail m'intriguait chez elle. Elle était habillée comme une citadine ; à Isphir. L'autre personne était un garçon, sans aucune spécialité.
-Je... commença-t-il. Je t'aime, Iya. Sors avec moi, je t'en prie !
La fille sembla s'offusquer. Elle s'écria d'une voix limpide et féminine.
-Mais je suis un homme ! Ne me confonds pas avec ma sœur jumelle !
-C'est... C'est impossible ! Ta voix, tes vêtements, et puis ton nom... Je ne peux pas le croire !
-Ma voix je ne l'explique pas. Mais à chaque fois que je tente d'acheter des vêtements d'hommes, on me dit : Et là ! Une fille doit s'habiller décemment comme le font les autres femmes ! Et puis comment ça, mon nom est féminin?!
-Tu me déteste à ce point ? Mais moi je t'aime ma chérie !
-Mais pars, je ne t'aime pas, moi !
Ingread et moi observions la scène avec amusement, mais au final, nous en nous détournèrent pour aller chez Meenak.
Nous frappâmes à la porte. Parce que oui, nous avions beau être des indigènes, nous étions assez civilisés, tout de même. Il ouvrit.
-Ah, bonjour, fit-il souriant.
Je savais parfaitement qu'il était enchanté de notre visite principalement parce qui se trouvait au fond du fourreau de mon épée.
-Bonjour Meenak ! S'exclama la marchande. Ça va ?
Elle lui fit la bise. Elle ne faisait la bise qu'à lui, à cet époque. Mais j'étais tellement habitué à cette action que cela ne me rendait pas jaloux.
-Euh, oui et... Et toi ?
-Je vais très bien, merci ! En passant à Nlar, je t'ai acheté quelques spécialités de Nlar !
-Mais... Nous sommes déjà en Nlar...
-Mais je parlais de la capitale !
Ingread eu un petit rire.
-Ah, euh... En tout cas, merci !
Un sourire timide se dressa sur le visage du chaman. Ou peut-être un sourire dissimulant un malaise, je ne savais pas trop.
-Attends, je reviens, je vais les chercher !
Lorsqu'elle ouvrit la porte, je pus voir une certaine Iya marcher, traînant derrière elle l'adolescent qui l'aimait. Elle affichait un air désespéré. Elle n'avait pas réussit à s'en débarrasser.
-Vous a-t-elle répondu ?
Je regarda Meenak.
-Oui, dis-je. Tenez.
Je lui donnai la lettre que j'avais préalablement sortie de son fourreau.
-Merci.
Il posa quatre vingt dix-huit pièces d'or sur la table. Je m'empressai de les récupérer en remarquant qu'il en avait mis un peu plus que d'habitude. Cette lettre devait être très importante. Puis il se mit à la lire, mais dans sa tête, évidemment. C'est à ce moment qu'Ingread réapparu. Lorsqu'elle aperçut la lettre dans la main, elle émit un petit couinement.
-Qu'est-ce que c'est que ça ? Tu ne lui a pas donné la lettre, j'espère !
-Hein ? Euh... Quelle lettre ? fis-je.
-Celle des brigands ! Tonna-t-elle.
-Non, non, non, pas du tout ! Il s'agit juste d'une publicité absolument commune.
-Ah bon ? Je pourrai lire ? J'adore les publicités, savoir quels produits sont disponibles, pouvoir connaître ceux qui sont prisés... C'est très utile pour mon métier !
-Euh... Attends qu'il ait fini, cette publicité est très très longue, elle fait au moins six pages.
-Dans ce cas, elle n'est pas commune, non ?
-Non... En effet... Mais je te la passerai demain... Ingread...
-D'accord, Meenak !
Elle l'embrassa sur la joue, ce qui le fit sursauter, puis sortit.
-Tu viens, Zlaor ? Laissons le tranquille pour qu'il finisse de lire, il peut vouloir être seule !
-J'arrive, j'arrive, fis-je.
Avant même que je puisse sortir, elle me prit le bras et m'emmena dehors brusquement.
Nous marchâmes vers l'océan. Une fois devant toute cette eau agitée, dénommée le Triad, Ingread prit la parole :
-Alors ? Ne te réjouis-tu pas d'être enfin rentré ?
-Euh, si si, mais on était déjà là, hier, non ? On ne s'est absenté qu'une seule journée...
-Ah bon ? Cela m'a paru plus si long...
Je n'eus même pas besoin de réfléchir pour deviner sa prochaine phrase.
-Si Meenak venait avec nous, cela semblerait moins long...
-Mais Ingread, il ne faut pas qu'il oublie ses études, sinon, comment deviendrait-il chaman ?
Elle se perdit dans ses pensées et resta là à contempler les vagues. J'en profitai pour partir.

De retour chez Meenak, je pus remarquer qu'il semblait m'attendre.
-Hum... Expliquez moi comment je peux faire une publicité de six pages en seulement une nuit !
Son ton était proche du rire et de la colère à la fois. Cela était si absurde.
-Je ne sais pas... Peut-être peux-tu prétendre avoir perdu cette publicité...
-Non, non, je ne peux pas ! Ingread me connaît bien – et vous aussi, d'ailleurs – et elle sait que je ne perds jamais rien... Alors si en plus je dois lui donner après...
-Ce n'est pas grave, nous allons bien trouver.
Nous réfléchîmes à un concept pendant trois heures, puis à la rédaction pendant trois autres heures. Alors que minuit était déjà passé, nous obtînmes quelque chose de convenable.
-Ouais ! M'écriais-je, on a enfin fini.
-Au fait, Zlaor...
-Oui ?
-J'ai déjà fini mon autre lettre, celle pour l'autre personne. Je vous payerai plus si vous alliez la transmettre demain, au lieu de dans une semaine. Deux fois plus.
-Mais où arrivez-vous à trouver tant d'or ?
-Cela ne fait pas partie des choses que vous avez besoin de savoir.
-Mais...
-Cela ne fait pas partie des choses que vous avez besoin de savoir.
-Ok, ok, j'ai compris...
-Et n'oubliez pas. Ne l'ouvrez surtout pas, s'il-te-plaît. D'ailleurs, donnez également la publicité à Ingread.
-D'accord. Je reviendrais demain matin. Bonne nuit !
-Bonne nuit.
Ce fut avec un sourire qu'il me mit poliment dehors. Il n'était pas comme ça, d'habitude... Je ne comprenais pas.
J'allai retrouver mon amie la marchande. Elle était restée au même endroit. Elle ne dormait pas, elle ne bougeait pas. Elle pensait. Je ne savais à quoi mais ce genre de chose lui arrivait souvent. Tant qu'on ne lui adressait pas la parole, elle restait comme ça, sans rien faire, comme inerte.
-Ingread ?
-Hmm...
-C'est bon, j'ai la publicité.
-Ah, tu es allé chez Meenak ?
-Oui, j'y avais oublié quelque chose.
-Désolé, je ne l'avais pas remarqué.
-Tiens, lis.
Au bout d'environ une demi-heure, elle avait fini.
-Alors, tu en penses quoi ?
-Il faut absolument que j'achète ça !
-Quoi ? Euh... Ah bon ?
Ce produit était bien évidemment l'invention de mon imagination et celle de Meenak.
-Oui, mais je ne peux pas y aller avant la semaine prochaine... Tu ne pourrais pas aller, toi, demain, à Nlar ?
-Quoi?! Non, je suis extrêmement occupé, demain.
-Ah oui ? Et que fais-tu ?
-Je pars en... Ione, retrouver... Un ami que j'ai rencontré à Nlar...
-Il paraît qu'en Ione, la cuisine est succulente ! Tu me ramèneras bien quelques spécialités, non ?
-Oui oui, ne t'inquiète pas.
-Et du coup, le billet d'aller retour sur l'île d'Invaheh, tu m'en achètera un dans une semaine.
-Si c'est toi qui paye...
-Oui, ne t'inquiète pas. D'ailleurs, finalement, j'en voudrais deux !
-D'accord, je t'en prendrais deux. Bon, à présent, je vais me coucher. Je me lève tôt, demain, pour aller en Ione.
-Bonne nuit ! Moi je vais rester un peu ici. J'ai une soudaine envie de me baigner.
-Dans le Triad ?
-Oui, je ne crains pas ces vagues ! Ni le froid, d'ailleurs. Et au moins, à cette heure, personne ne viendra m'observer, n'est-ce pas ?
Elle sourit. Ou peut-être qu'elle me sourit. Je ne savais pas reconnaître l'un de l'autre.
-Eh bien, bonne baignade !
Elle me remercia, puis je retourna à Isphir. Comment allais-je faire ? Nlar était la direction opposée à Ione, j'aurais dû dire que j'allais en Ostie. Là au moins, j'aurais eu le temps de trouver des spécialités Ostiennes. Et je ne pouvais pas mentir sur la provenance de ces produits ; Ingread s'y connaissait si bien, en gastronomie... De plus, comment trouver deux billets pour l'île tropicale d'Invaheh alors qu'elle n'existait même pas... Tout de même, Meenak avait toujours eu une bonne imagination pour les noms.
Ce fut empli de doutes que je me couchai.

Le lendemain matin, dès l'aube, j'étais déjà debout. Je préparais mes affaires, puis me rendit à nouveau chez Meenak. Il avait enlevé son masque et des cernes ornaient ses yeux. Dommage, son visage était si beau, ses traits si élégants et délicats... Quand il m'aperçut, il le remit précipitamment.
-Vous auriez pu frapper, avant d'entrer !
-Mais... C'était déjà ouvert, en fait, pour tout dire. Mais les études de chaman sont si dures que ça ? Demandais-je en pensant à ses cernes.
-Non, pas tellement. Il y avait juste un sujet que je voulais pousser un peu plus, je peux vous expliquer si vous le souhaitez.
-Non, merci, mais ça ira. Je ne risque pas de comprendre grand chose... Quoi qu'il en soit, je vais y aller maintenant. Mais vous avez oublié de me donner la lettre.
-Oui, je sais, j'en ai profité pour l'améliorer. Tenez !
Il me remis cent quatre-vingt-seize pièces d'or, et la lettre.
-Je suppose que vous ne voulez pas m'expliquer comment vous pouvez avoir tout cet argent.
Je fis un sourire assez peu franc, mais je venais juste de me rendre compte que ma phrase pouvait être vexante.
-Non, en effet. Mais vous, pouvez-vous m'expliquer à quelle lettre Ingread faisait allusion, hier soir ?
-Non plus, cela vaut mieux pour votre survie.
Je fus pris d'un petit rire d'anxiété. Encore une fois, ma phrase pouvait avoir une tournure vexante. Meenak baissa la tête.
-Ah...
-Enfin bon, je vais mener cette lettre à Nlar, bonne journée !
-Bon voyage...
En sortant de chez Meenak, une magnifique adolescente m'attendait. Celle que j'avais pu voir la veille au soir.
-Ah, bonjour, mademoiselle !
-Hé ! Je ne suis pas une fille ! Je suis un homme !... Mais pourquoi dois-je toujours l'expliquer ? N'est-ce pourtant pas visible ?
-Euh, non, votre apparence, votre voix, vos vêtements... Pour tout dire, je m'en excuse, mais vous n'êtes pas tellement crédible...
-Mais, euh !... C'est n'importe quoi.
Elle souffla.
-Qu'importe. Je vous ai entendu, vous allez à Nlar, non ?
-Euh, oui, en effet.
-Et bien je viens avec vous !
-Hein ? Euh... Mais pourquoi ?
-Parce que là bas, il y aura bien un magasin pour m'acheter des vêtements pour moi. Des vêtements d'homme, pas ces jupes. En plus, elles ne tiennent même pas sur mes hanches.
-Et tu as de quoi payer ?
-Évidemment que j'ai de quoi payer les magasins.
-Mais je parlais de payer une escorte, à savoir moi.
-De toute façon, vous devez y aller pour une certaine raison. Que je sois là ne vous amènera qu'un peu de discussion, non ? Ce qui ne peux pas être néfaste.
-Alors tu n'as pas intérêt à te plaindre.
-Je ne me plains que quand on me prend pour une fille !
-D'accord, d'accord, c'est bon, tu peux venir. Au fait, tu t'appelles bien Iya, non ?
-Oui, c'est ça... Mais comment le savez-vous ?
-Moi aussi, je peux entendre certaines choses. D'ailleurs Iya est un prénom féminin.
-Quoi ?!
-Bon, allons-y !
-Hmm... Détourner la conversation ne me fera pas oublier, vous savez ?
Je restai silencieux.
-Mais comment voulez-vous qu'on discute sans que vous répondiez ?!
-Je n'ai jamais dit que je voulais discuter.
Les joues d'Iya rougirent brusquement. Elle baissa les yeux.
-Rooh... Cessez de me regarder comme on regarde un enfant.
-Rectification : comme on regarde une petite fille.
-Mais laissez-moi tranquille, avec ça !
-Mais au fait... Pourquoi souhaites-tu que l'on te traite comme un garçon ?
-Parce que j'en suis un, évidemment !
Je ne répondis rien.

Lors de ce voyage, nous pûmes enchaîner les discussions inintéressantes. Puis à un moment, elle me posa une question :
-Et toi, pourquoi vas-tu à Nlar ?
Au cas où j'ai oublié de le préciser, elle avait commencé à me tutoyer.
-Est-ce vraiment intéressant ?
-Pas tellement, mais je suis curieux, et il faut bien trouver un sujet de conversation.
-Dans ce cas, je ne suis pas obligé de le dire.
-Si ! Enfin, non, je ne peux pas t'obliger, mais si je le pouvais, je le ferais.
-Dans ce cas, je ne vais pas le dire.
-Cela concerne Meenak, non ?
-...
-Oh, j'ai vu juste !
Elle sourit.
-Mais comment sais-tu ça ?
-Quelqu'un qui va chez Meenak à l'aube, avant d'aller à Nlar, ne va pas à Nlar sans que Meenak lui ai demandé, en général. À moins qu'il n'apprécie d'inviter tout le monde à l'aurore. D'ailleurs, c'est à propos d'une lettre, non ? Ces maisons laissent bien filtrer le son, quand même.
-Oui... C'est bien ça. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois. J'ai déjà fait le facteur une bonne centaine de fois, depuis deux ans.
-Et tu n'as jamais eu envie de lire ce qu'ils écrivaient ?
-Si, mais Meenak ne veut pas.
-Tu as déjà vu l'autre destinataire ?
-Non, seulement sa domestique.
-Ah. C'est donc une personne riche. Lisons cette lettre, ils ne pourront pas s'en rendre compte.
-Tu es sûre ?
-Mais oui, je suis sûr, évidemment ! Bon, où la caches-tu ?
-C'est bon, pas la peine de me fouiller, Iya. Je la sors.





Celle-là commence à dater vraiment, en fait '-'. (C'est pour ça qu'il y a autant de dialogue '-').
D'ailleurs il y a une suite
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Arwen
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MessageSujet: Re: L'amour en Nlar   Mar 30 Juin 2015 - 2:07

Je viens enfin de lire ton histoire et je suis très curieuse de savoir ce que contient cette lettre! :)
Et où trouves-tu tous ces noms? lollll
Prête pour la suite! :)

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MessageSujet: Re: L'amour en Nlar   Sam 15 Aoû 2015 - 20:42

Désolé du retard :x
J'ai dû modifier quelques détails dans mon écrit donc je remets tout depuis le début... J'espère que ça ne te dérange pas ^^.
Bon, c'est un peu en dessous de mon niveau actuel, mais j'ai clairement sous-estimé la difficulté de la réécriture.
Et mes noms proviennent tout droit de mon imagination Razz

Une fois de plus, j'escortais un marchand. Il faisait sa route dans tout Nlar, un pays du continent Nlar, issu du monde du même nom. Ce manque flagrant d'originalité m'avait toujours consterné. Donc, ce marchand allait de Isphir, une petite ville sans grand intérêt, à Nlar, la capitale de... Nlar. J'avais l'habitude d'escorter ce même marchand, ou plutôt cette même marchande. Et elle faisait constamment la même route. Elle et moi étions originaire d'Isphir, justement. Cette ville ressemblait plus à un attroupement d'indigènes chamanistes, mais nous la considérions comme une ville.
Encore une fois, j'avais, enroulée à l'intérieur de mon fourreau, une lettre que je ne devais pas lire. Le destinataire m'était inconnu mais je connaissais l'envoyeur. Il s'agissait d'un de nos jeunes chamanes. Pour peu que l'on ne le connaisse pas, il pouvait sembler arrogant, toujours caché derrière un masque, mais ce subterfuge n'est pas dû à un ego trop développé. Lors de son enfance, par maladresse, il avait défiguré sa sœur. Personne ne lui en voulait mais par solidarité, depuis, il gardait un masque en bois à l'instar de son aînée. De nombreuses filles avaient tenté de l'en dissuader, voulant voir la gracieuseté de son visage. Mais rien à faire, Meenak avait été imperturbable.

Le voyage avait été tranquille, pour une fois. Nous apercevions déjà, moi et ma compagnonne, les toits en ardoise de Nlar. Une fois plus proches de la capitales, nous pûmes voir que la ville était littéralement euphorique. Je songeai d'abord à la conquête d'un des autres pays mais cela était peu probable. Il n'y avait pas d’étendards sur la muraille. Alors qu'est-ce qui pouvait rendre cette population aussi joyeuse ? Connaissant leur superficialité, j'en conclus qu'il ne s'agissait pas de quelque chose d'essentiel, ni même de nécessaire. Ce fut ce jour que j'ai appris que la première personne à avoir gravit le mont Brumeux venait de Nlar. Du continent Nlar, du pays Nlar et de la capitale Nlar pour plus de précision. Ne voulant pas me mélanger à ces gens, de peur de devenir superficiel à mon tour, j’accélérai le pas, obligeant Ingread, mon amie employeuse marchande à suivre plus rapidement. Si son taureau de bât n'avait pas été masochiste, je l'aurai plaint. Personnellement, je n'aurai pas apprécié de me faire fouetter pour aller plus vite.
Ingread me donna trente-six pièces d'or pour l'escorte, puis me fixa un rendez-vous au marché pour un peu plus tard. Elle avait également besoin d'escorte pour le retour.
Mes pieds avançaient tout seuls, sans réfléchir. Ils connaissaient le chemin. Chaque vois que je venais à Nlar — je parle de la capitale, pas du pays ni du continent ni du monde — , j'avançais jusqu'à me retrouver devant cette maison. Et comme si la domestique y vivant guettait mon arrivée, elle m'ouvrait la porte dès mon apparition. De tout ce domaine, il n'y avait qu'elle que je pouvais voir. À ce moment, je sortais mon épée de mon fourreau, je faisais tomber la lettre qui était à l'intérieur et la donnait à cette employée. Nous échangions un puissant regard, puis je m'en allais, après avoir reçu quelque cent pièces d'or. Après avoir vu cette jeune femme, mon cœur était toujours chamboulé. Mais je ne savais pas si je l'aimais plus que Ingread, à qui je m'étais réellement attaché également.
Toutes ces étapes étaient l'essentiel de ma vie. Elles se répétaient inlassablement, la seule différence consistant en les dialogues et les regards. Mais cette vie me plaisait.
Avant de rejoindre Ingread au marché, je passai dans une librairie puisque oui, je savais lire ; et le sais aujourd'hui encore. J'avais besoin de conseils, je doutais de cet amour. Et j'y ai trouvé un livre : "L'amour en Nlar.". Il était assez cher ; neuf pièces d'or, mais cela valait le coup, j'en étais sûr. Alors je sortis l'équivalent de son prix de mon porte monnaie, puis l'acheta. Puis, tout en marchant vers la foire, je commençai à le lire :
_L'amour est une place primordiale dans le pays de Nlar. Il n'en est pas forcément de même dans les autres pays tels que Ione, mais Ostie partage la même vision de l'amour que la notre. L'essence même de l'amour est la reproduction, il est impossible d'aimer sans procréer.
J'avais toujours jugé cette définition primitive. Mais qu'étais-je pour juger une population, un pays et leurs coutumes ? Plutôt que de me questionner, je poursuivis ma lecture :
_Si toutefois il vous est impossible d'aimer sans procréer, il est possible de procréer sans aimer. C'est une des étapes sur laquelle nous vous aiderons. Vous avez besoin de bien choisir l'homme ou la femme avec qui vous partagerez votre vie, sinon vous serez sûrement malheureux et ne pourrez pas vraiment l'aimer. Mais séduire l'homme ou la femme idéal n'est que rarement facile, la séduction est un art difficile.
Je me sentais presque souillé, en lisant ce livre. Mais je l'avais acheté et comptait bien le finir. De plus, il disait la vérité. Notre façon de penser nous causait quelques conflits avec Ione, Ysteragne, Dracsar... Avec tant de pays, en fait ! Mais c'était heureusement constamment bénin.
Je n'eus pas le temps d'en lire plus, j'étais arrivé à la foire. Je mis quelques minutes à trouver l'étal d'Ingread, où elle présentait des spécialités culinaires coûteuses, provenant d'Isphir. Les recettes étaient encore très bonnes, toujours très bonnes... La moitié des gains revenait à notre village natal, et les trois quarts restant à Ingread. Il faut dire qu'elle faisait presque tout le travail. Et si l'on ajoute mon huitième de recettes à la récompense pour avoir escorter deux fois la marchande, sans oublier mon travail de facteur entre Meenak et son amante — ou du moins la personne que je présumais être son amante —, cela faisait une journée très payante.
À la fin de la journée, je retournai chez la correspondante du jeune chamane, pour que sa domestique puisse me donner une lettre que je devais à nouveau transmettre à Meenak. Puis nous pûmes, Ingread et moi, retourner à Isphir.
Sur le chemin, nous nous fîmes attaquer par des brigands que mon physique impressionnant réussit à intimider... Non, en fait, pas du tout. Bref, après les avoir facilement éliminés par quelques coups d'épée, nous remarquâmes, en les pillant, que l'un d'eux portait une lettre.
-Encore ?! m'écriai-je. Peu importe le contenu. Je refuse de faire plus le facteur !
-Comment ça, encore ?
Ingread ne savait pas pour la liaison de Meenak. Pour tout dire, elle fantasmait sur lui, comme une bonne partie des femmes du village. Mais pour lui, elles étaient trop peu subtiles, trop peu poétiques... Contrairement à sa correspondante, sûrement. Toujours était-il que pour cela, je n'osais pas avouer qu'il avait une relation, peu importe la teneur de celle-ci, avec une autre personne.
-Non, laisses tomber, mes mots ne me viennent plus convenablement.
-Ouais... Voyons plutôt ce que dit cette lettre...
Soulagé, je l'ouvris et lus :
«Notre armée est prête. Celle de Dracsar et de Ris Anor aussi. Alertez-vos complices, dans un mois nous lançons l'assaut, et Nlar tombera enfin.
-Yrtich»
-Mais c'est horrible, on nous déclare la guerre !
-Connaissant la politique de Ione, je peux te certifier que ce n'est pas Yrtich qui va gêner notre peuple, réfléchit Ingread.
C'était en effet très probable. Ralliant les causes à effet et songeant aux conséquences que cela pourrait produire, je fis :
-Mais surtout, ma chère marchande, n'en parle pas à Meenak. Ione a une vision bien plus pure et plus permittive de l'amour et il serait aisément capable de mourir pour cela. Pour cette cause.
-Compris. Je n'aime pas lui cacher des trucs mais si ça lui permet de rester en vie...

Le reste du chemin se passa au final sans autre incident. Une fois rentrés, Ingread se hâta d'aller voir l'apprenti chaman. Je lui rappelait au passage qu'elle me devait encore mon or. J'eus droit à 528 pièces d'un jaune brillant, dont 55 pour l'escorte. Puis je la suivis chez ce cher Meenak.

En nous rendant chez l'apprenti chaman, nous pûmes voir une scène assez atypique. De loin, elle aurait pu sembler être une banale scène de couple, mais il s'agissait d'une déclaration entre deux adolescents. Les deux semblait avoir à peu près dix-sept ans. J'avais déjà vu l'un d'eux ; elle faisait du théâtre, et elle avait joué dans une pièce que j'ai regardée. C'était une très belle fille d'une taille tout à fait commune, mais très plate. Un détail m'intriguait chez elle. Elle était habillée comme une citadine ; à Isphir. L'autre personne était un garçon, sans aucune spécialité.
-Je... commença-t-il. Je t'aime, Iya. Sors avec moi, je t'en prie !
La fille sembla s'offusquer. Elle s'écria d'une voix limpide et féminine.
-Mais je suis un homme ! Ne me confonds pas avec ma sœur jumelle !
-C'est... C'est impossible ! Ta voix, tes vêtements, et puis ton nom... Je ne peux pas le croire !
-Ma voix je ne l'explique pas. Mais à chaque fois que je tente d'acheter des vêtements d'hommes, on me dit : Eh, là ! Une fille doit s'habiller décemment comme le font les autres femmes ! Et puis comment ça, mon nom est féminin ?!
-Tu me déteste à ce point ? Mais moi je t'aime ma chérie !
-Mais pars, je ne t'aime pas, moi !
Ingread et moi observions la scène avec amusement, mais au final, nous en nous détournâmes pour aller chez Meenak.
Nous frappâmes à la porte. Parce que oui, nous avions beau être des indigènes, nous étions assez civilisés, tout de même. Il ouvrit.
-Ah, bonjour ! fit-il souriant.
Je savais parfaitement qu'il était enchanté de notre visite principalement par ce qui se trouvait au fond du fourreau de mon épée.
-Bonjour Meenak ! S'exclama la marchande. Ça va ?
Elle lui fit la bise. Elle ne faisait la bise qu'à lui, à cette époque. Mais j'étais tellement habitué à cette action que cela ne me rendait pas jaloux.
-Euh, oui et... Et toi ?
-Je vais très bien, merci ! En passant à Nlar, je t'ai acheté quelques spécialités de Nlar !
-Mais... Nous sommes déjà en Nlar...
-Mais je parlais de la capitale !
Ingread eu un petit rire.
-Ah, euh... En tout cas, merci !
Un sourire timide se dressa sur le visage du chaman. Ou peut-être un sourire dissimulant un malaise, je ne savais pas trop.
-Attends, je reviens, je vais les chercher !
Lorsqu'elle ouvrit la porte, je pus voir une certaine Iya marcher, traînant derrière elle l'adolescent qui l'aimait. Elle affichait un air désespéré. Elle n'avait pas réussit à s'en débarrasser.
-Vous a-t-elle répondu ?
Je regardai Meenak.
-Oui, dis-je. Tenez.
Je lui donnai la lettre que j'avais préalablement sortie de son fourreau.
-Merci.
Il posa quatre vingt dix-huit pièces d'or sur la table. Je m'empressai de les récupérer en remarquant qu'il en avait mis un peu plus que d'habitude. Cette lettre devait être très importante. Puis il se mit à la lire, mais dans sa tête, évidemment. C'est à ce moment qu'Ingread réapparu. Lorsqu'elle aperçut la lettre dans la main, elle émit un petit couinement.
-Qu'est-ce que c'est que ça ? Tu ne lui a pas donné la lettre, j'espère !
-Hein ? Euh... Quelle lettre ? fis-je.
-Celle des brigands ! Tonna-t-elle.
-Non, non, non, pas du tout ! Il s'agit juste d'une publicité absolument commune.
-Ah bon ? Je pourrai lire ? J'adore les publicités, savoir quels produits sont disponibles, pouvoir connaître ceux qui sont prisés... C'est très utile pour mon métier !
-Euh... Attends qu'il ait fini, cette publicité est très très longue, elle fait au moins six pages.
-Dans ce cas, elle n'est pas commune, non ?
-Non... En effet... Mais je te la passerai demain, Ingread, fit le chaman, qui prêtait attention à la discussion.
-D'accord, Meenak !
Elle l'embrassa sur la joue, ce qui le fit sursauter, puis sortit.
-Tu viens, Zlaor ? Laissons le tranquille pour qu'il finisse de lire, il peut vouloir être seule !
-J'arrive, j'arrive, fis-je.
Avant même que je puisse sortir, elle me prit le bras et m'emmena dehors brusquement.
Nous marchâmes vers l'océan. Une fois devant toute cette eau agitée, dénommée le Triad, Ingread prit la parole :
-Alors ? Ne te réjouis-tu pas d'être enfin rentré ?
-Euh, si si, mais on était déjà là, hier, non ? On ne s'est absenté qu'une seule journée...
-Ah bon ? Cela m'a paru plus si long...
Je n'eus même pas besoin de réfléchir pour deviner sa prochaine phrase.
-Si Meenak venait avec nous, cela semblerait moins long...
-Mais Ingread, il ne faut pas qu'il oublie ses études, sinon, comment deviendrait-il chaman ?
Elle se perdit dans ses pensées et resta là à contempler les vagues. J'en profitai pour partir.

De retour chez Meenak, je pus remarquer qu'il semblait m'attendre.
-Hum... Expliquez moi comment je peux faire une publicité de six pages en seulement une nuit !
Son ton était proche du rire et de la colère à la fois. Tout cela était si absurde.
-Je ne sais pas... Peut-être peux-tu prétendre avoir perdu cette publicité...
-Non, non, je ne peux pas ! Ingread me connaît bien – et vous aussi, d'ailleurs – et elle sait que je ne perds jamais rien... Alors si en plus je dois lui donner après...
-Ce n'est pas grave, nous allons bien trouver.
Nous réfléchîmes à un concept pendant quelques heures, puis à la rédaction pendant trois autres heures. Alors que minuit était déjà passé, nous obtînmes quelque chose de convenable.
-Ouais ! M'écriais-je. On a enfin fini !
-Au fait, Zlaor...
-Oui ?
-J'ai déjà fini mon autre lettre, celle pour l'autre personne. Je vous payerai plus si vous alliez la transmettre demain, au lieu de dans une semaine. Deux fois plus.
-Mais où arrivez-vous à trouver tant d'or ?
-Cela ne fait pas partie des choses que vous avez besoin de savoir.
-Mais...
-Cela ne fait pas partie des choses que vous avez besoin de savoir, répéta-t-il.
-Ok, ok, j'ai compris...
-Et n'oubliez pas. Ne l'ouvrez surtout pas, s'il-te-plaît. D'ailleurs, donnez également la publicité à Ingread.
-D'accord. Je reviendrais demain matin. Bonne nuit !
-Bonne nuit.
Ce fut avec un sourire qu'il me mit poliment dehors. Il n'était pas comme ça, d'habitude... Je ne comprenais pas.
J'allai retrouver mon amie la marchande. Elle était restée au même endroit. Elle ne dormait pas, elle ne bougeait pas. Elle pensait. Je ne savais à quoi mais ce genre de chose lui arrivait souvent. Tant qu'on ne lui adressait pas la parole, elle restait comme ça, sans rien faire, comme inerte.
-Ingread ?
-Hmm...
-C'est bon, j'ai la publicité.
-Ah, tu es allé chez Meenak ?
-Oui, j'y avais oublié quelque chose.
-Désolé, je ne l'avais pas remarqué.
-Tiens, lis.
Et je me tus, observant à mon tour le Triad, écoutant la mélodie de ses vagues se fracassant, et laissant les embruns humidifier mon front.

Au bout d'environ une demi-heure, elle avait fini.
-Alors, tu en penses quoi ?
-Il faut absolument que j'achète ça !
-Quoi ? Euh... Ah bon ?
Ce produit était bien évidemment l'invention de mon imagination et celle de Meenak.
-Oui, mais je ne peux pas y aller avant la semaine prochaine... Tu ne pourrais pas aller, toi, demain, à Nlar ?
-Quoi?! Non, je suis extrêmement occupé, demain.
-Ah oui ? Et que fais-tu ?
-Je pars en... Talos, retrouver... Un ami que j'ai rencontré à Nlar...
-Il paraît qu'en Talos, la cuisine est succulente ! Tu me ramèneras bien quelques spécialités, non ?
-Oui oui, ne t'inquiète pas.
-Et du coup, le billet d'aller retour sur l'île d'Invaheh, tu m'en achètera un dans une semaine.
-Si c'est toi qui paye...
-Oui, ne t'inquiète pas. D'ailleurs, finalement, j'en voudrais deux !
-D'accord, je t'en prendrais deux. Bon, à présent, je vais me coucher. Je me lève tôt, demain, pour aller en Ione.
-Bonne nuit ! Moi je vais rester un peu ici. J'ai une soudaine envie de me baigner.
-Dans le Triad ?
-Oui, je ne crains pas ces vagues ! Ni le froid, d'ailleurs. Et au moins, à cette heure, personne ne viendra m'observer, n'est-ce pas ?
Elle sourit. Ou peut-être qu'elle me sourit. Je ne savais pas reconnaître l'un de l'autre.
-Eh bien, bonne baignade !
Elle me remercia, puis je retournai à Isphir. Je n'aurais pas dû citer Talos... Comment allais-je faire ? Nlar était la direction opposée à Ione, j'aurais dû dire que j'allais en Dracsar. Là au moins, j'aurais eu le temps de trouver des spécialités Dracquoises. Et je ne pouvais pas mentir sur la provenance de ces produits ; Ingread s'y connaissait si bien, en gastronomie... De plus, comment trouver deux billets pour l'île tropicale d'Invaheh alors qu'elle n'existait même pas... ? Tout de même, Meenak avait toujours eu une bonne imagination pour les noms.
Ce fut empli de doutes que je me couchai.

Le lendemain matin, dès l'aube, j'étais déjà debout. Je préparais mes affaires, puis me rendit à nouveau chez Meenak. Il avait enlevé son masque et des cernes ornaient ses yeux. Dommage, son visage était beau, et ses traits si élégants et délicats... Quand il m'aperçut, il le remit précipitamment.
-Vous auriez pu frapper, avant d'entrer !
-Mais... C'était déjà ouvert, pour tout dire. Mais les études de chaman sont si dures que ça ? Demandais-je en pensant à ses cernes.
-Non, pas tellement. Il y avait juste un sujet que je voulais pousser un peu plus. Je peux vous expliquer, si vous le souhaitez.
-Non, merci, mais ça ira. Je ne risque pas de comprendre grand chose... Quoi qu'il en soit, je vais y aller maintenant ! Mais vous avez oublié de me donner la lettre.
-Oui, je sais et j'en ai profité pour l'améliorer. Tenez !
Il me remis cent quatre-vingt-seize pièces d'or, et la lettre.
-Je suppose que vous ne voulez toujours pas m'expliquer comment vous faites pour avoir tout cet argent.
Je fis un sourire assez peu franc, mais je venais juste de me rendre compte que ma phrase pouvait être vexante.
-Non, en effet. Mais vous, pouvez-vous m'expliquer à quelle lettre Ingread faisait allusion, hier soir ?
-Non plus, cela vaut mieux pour votre survie.
Je fus pris d'un petit rire anxieux. Encore une fois, ma phrase pouvait avoir une tournure vexante. Meenak baissa la tête.
-Ah...
-Enfin bon, je vais amener cette lettre à Nlar, bonne journée !
-Bon voyage.
En sortant de chez Meenak, une magnifique adolescente m'attendait. Celle que j'avais pu voir la veille au soir.
-Ah, bonjour, mademoiselle !
-Hé ! Je ne suis pas une fille ! Je suis un homme !... Mais pourquoi dois-je toujours l'expliquer ? N'est-ce pourtant pas visible ?
-Euh, non, votre apparence, votre voix, vos vêtements... Pour tout dire, je m'en excuse, mais vous n'êtes pas tellement crédible...
-Mais, euh !... C'est n'importe quoi.
Elle souffla.
-Qu'importe. Je vous ai entendu, vous allez à Nlar, non ?
-Euh, oui, en effet, répondis-je avec l'assurance qui convenait.
-Et bien je viens avec vous !
-Hein ? Euh... Mais pourquoi ?
-Parce que là bas, il y aura bien un magasin pour m'acheter des vêtements pour moi. Des vêtements d'homme, pas ces jupes ridicules ! En plus, elles ne tiennent même pas sur mes hanches...
-Et tu as de quoi payer ?
-Évidemment !
-Mais je parlais de payer une escorte, à savoir moi.
-De toute façon, vous devez y aller pour une certaine raison. Que je sois là ne vous amènera qu'un peu de discussion, non ? Ce qui ne peux pas être néfaste.
-Alors tu n'as pas intérêt à te plaindre, fis-je en la foudroyant du regard pour faciliter la compréhension de cette condition.
-Je ne me plains que quand on me prend pour une fille !
-D'accord, d'accord, c'est bon, tu peux venir. Au fait, tu t'appelles bien Iya, non ?
-Oui... Mais comment le savez-vous ?
-Moi aussi, je peux entendre certaines choses. D'ailleurs Iya est un prénom féminin.
-Quoi ?!
-Bon, allons-y !
-Hmm... Détourner la conversation ne me fera pas oublier, vous savez ?
Je restai silencieux.
-Mais comment voulez-vous qu'on discute sans que vous répondiez ?!
-Je n'ai jamais dit que je voulais discuter.
Les joues d'Iya rougirent brusquement. Elle baissa les yeux.
-Rooh... Cessez de me regarder comme on regarde un enfant.
-Rectification : comme on regarde une jeune fille.
-Mais laissez-moi tranquille, avec ça !
-Mais au fait... Pourquoi souhaites-tu que l'on te traite comme un garçon ?
-Parce que j'en suis un, évidemment !
Je ne répondis rien.

Lors de ce voyage, nous pûmes enchaîner les discussions inintéressantes. Puis à un moment, elle me posa une question :
-Et toi, pourquoi vas-tu à Nlar ?
Au cas où j'eu oublié de le préciser, elle avait commencé à me tutoyer.
-Est-ce vraiment intéressant ?
-Pas tellement, mais je suis curieux, et il faut bien trouver un sujet de conversation.
-Dans ce cas, je ne suis pas obligé de le dire.
-Si ! Enfin, non, je ne peux pas t'obliger, mais si je le pouvais, je le ferais.
-Et bien je ne vais pas le dire.
-Cela concerne Meenak, non ?
La dévisageant, je restai silencieux.
-Oh, j'ai vu juste !
Elle sourit.
-Mais comment sais-tu ça ?
-Quelqu'un qui va chez Meenak à l'aube, avant d'aller à Nlar, ne va pas à Nlar sans que Meenak lui ai demandé, en général. À moins qu'il n'apprécie d'inviter du monde, chez lui, à l'aurore. D'ailleurs, c'est à propos d'une lettre, non ? Ces maisons laissent bien filtrer le son, quand même.
N'appréciant guère qu'elle nous ait espionnés, je mis du temps à répondre.
-Oui... C'est bien ça. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois. J'ai déjà fait le facteur une bonne centaine de fois, depuis deux ans.
-Et tu n'as jamais eu envie de lire ce qu'ils écrivaient ?
-Si, mais Meenak ne veut pas.
Je trouvais cela indigne de violer ainsi son intimité, et ainsi, ma conscience ne le voulait pas non plus.
-Tu as déjà vu l'autre destinataire ?
-Non, seulement sa domestique.
-Ah. C'est donc une personne riche. Lisons cette lettre, ils ne pourront pas s'en rendre compte.
-Tu es sûre ?
-Mais oui, je suis sûr, évidemment ! Bon, où la caches-tu ?
-C'est bon, pas la peine de me fouiller, Iya. Je la sors.
Je retirai la lettre de mon fourreau puis la lus tranquillement ; après avoir brisé son cachet. J'avais quelques doutes quant au fait que personne n'en saurait rien, mais le regard intéressé d'Iya m'oppressait.
-J'avais raison ! C'est bien une lettre d'amour !
-Mais tu n'avais rien dit, Zlaor...
-Pas grave, je le pensais. Tu veux que je te la lise ?
Elle parut offusquée.
-Je sais faire ça tout seul !
-Mais tu risques de la chiffonner !...
-Eh, c'est pas parce que je suis un gars que je suis une brute.
Je détournai les yeux et elle prit la lettre.
-«Ô toi, mon seul amour
Mon soleil de tous jours
Tu serais donc d'accord
Pour que d'ici une semaine notre sort
Soit d'enfin se rencontrer
Se sentir exister
Voir notre passion se matérialiser
Par nos toucher
Pouvoir passer de spirituel au physique
Sans pour autant oublier notre sens poétique
Se parler sans délai
Mais rester très discret
Puisqu'à mon grand regret
Mon amour pour toi est proscrit
Par la société, ah si laids !
Que sont ces règles, ces lois, ces écrits.
Et ce qu'ils pensent de l'amour».
Après avoir déclamé ce poème, Iya fit une pause.
-J'ignorais que Meenak écrivait si bien.
-Non, là il était fatigué, fis-je. Cela fait plusieurs jours qu'il ne dors pas. J'ai eu le temps de voir quelques cernes sur son visage.
-Tu as pu voir son visage ?! Comment il était ?
-Magnifique, mais dévasté par ces cernes. Pour tout dire, physiquement parlant, il n'y a que sa propreté et son hygiène qu'il ne néglige pas. Mais il est regrettable qu'il porte un masque.
-Oui mais... Il a les yeux de quelle couleur ? Comment sont ses lèvres ? Son nez, ses pommettes, ses oreilles ? Ses cils et ses sourcils ? Je n'aime pas avoir en tête un masque lorsqu'on me dit : Meenak.
-Il a les yeux verts, des lèvres fines, un nez droit et fin. Je n'ai pas eu le temps d'observer ses pommettes ni de prêter attention à ses cils et ses sourcils. Et ses oreilles, je ne m'en rappelle plus.
-Ah, cela me fait penser à moi.
-Non, je te rassure, il est plus masculin !
-Raah ! Tu es vraiment pénible, des fois.
Sans vraiment prêter attention à ce qu'elle disait, je fis :
-Bon, continuons notre route !
-Mais tu changes toujours de sujet, ma parole ! Au fait, tu comptes aller voir leur rendez-vous dans une semaine ?
-Mais cela ne se fait pas ! J'ai déjà trop fait en lisant cette lettre.
-Si on est discret et que l'on ne dit rien, cela ne pourra pas les gêner. Puis on y sera seulement par hasard.
-Tu peux très bien y aller seule.
-Tu n'es vraiment pas drôle !
-Au fait, Iya... Maintenant que nous sommes devant Nlar, je vais pouvoir te donner une mission. Voilà cinquante pièces d'or. Utilises-en quarante pour acheter des spécialités Ioniennes, puis garde les dix dernières. Tu te sens capable de faire ça ?
-Oui ! Chercher des produits, ça me connaît. Et je suis encore meilleure pour garder des pièces d'or !
-Bon, on se retrouve devant les portes d'ici une heure, alors. Je dois aller voir quelqu'un.
Je donnai l'argent à l'adolescente, puis pris le même chemin que la veille et que tant d'autres jours.
Quand je frappai à la porte, la domestique mit un peu plus de temps à m'ouvrir. Elle m'observa d'un air étonné.
-Oh... Je ne m'attendais pas à vous voir.
C'était la première fois qu'elle me disait quoi que ce soit. Sa voix était... Oh, je ne peux pas vous expliquer ! C'était... C'était si merveilleux, magnifique. Elle avait une voix enchanteresse, claire et cristalline... !
-Je ne m'attendais pas à revenir si tôt, moi aussi. Mais il semblerait que la lettre que j'avais à livrer était urgente.
Je la sortis de mon fourreau. Ce mouvement devenait tellement habituel, pour moi. Lorsque la lettre tomba, elle s'ouvrit malgré son cachet.
-Vous l'avez lue, non ?
Mes joues rougirent de honte.
-Ce n'est pas grave, cela me fera une occasion pour moi aussi de la lire.
Elle regarda attentivement la lettre, ses yeux allant lentement de gauche à droite, se précipitant ensuite sur la gauche afin de lire la ligne suivante.
À la fin de sa lecture, elle chuchota :
-C'est un amour pur. Il serait mal jugé, dans notre pays... Dans quelques semaines seulement...
Elle semblait se parler à elle-même. De toute façon, je pense qu'elle savait parfaitement que personne ne comprenait ce qu'elle sous-entendait.
-Mais... Qui est-elle ; l'envoyeuse ?
-Hein ? Répondis-je. Elle ?
Beaucoup d'expressions passaient sur le visage de la domestique. Cela rendait étrangement joli.
-Non, laissez tomber, vous ne comprendriez pas.
-Bon, je vais la donner à mon employeur. À ce soir. La réponse aura déjà été écrite.
Elle retourna dans la maison devant laquelle je m'attardais si souvent mais n'entrais jamais. Je savais que la correspondante de Meenak était riche, cela se voyait au marbre constituant les murs, le sol et les piliers de la maison.
Le temps que je retourne au portes de la ville, il ne me restait déjà plus qu'un quart d'heure. Je patientai donc et retrouvai Iya un peu plus tard.
-Tu as trouvé ce que je voulais ?
-Ouais, voilà !
Elle me tendit trois boîtes colorées.
-Ce n'est pas la meilleure qualité, mais personne ne s'y connaît en gastronomie à Nlar. Ils sont même pires qu'en Al'Ekar de ce point de vue. Et pourtant, la nécrophagie anthropophage, ce n'est pas tellement mon truc.
C'était la première personne que j'entendais placer nécrophagie devant anthropophage ou cannibale en parlant d'Al'Ekar. Bien que ce n'étais pas un message amical, cela me fit chaud au cœur. Étant d'origine Al'Ecque, cela m'offusquait que tout le monde pense que mes compatriotes saignaient d'autres hommes juste pour les manger.
-Ah, cela tombe mal... Mais bon, moi non plus, je ne m'y connais pas, après tout.
-Bon, maintenant, allons acheter mes vêtements. On trouvera bien un marchand qui acceptera que je m'habille normalement !
-Pas normalement ; comme un garçon.
-Mais je te dis que je suis un gars ! s'énerva-t-elle.
-Oui, c'est ça...
J'eus un petit sourire.

Nous marchâmes dans la ville jusqu'à trouver un magasin assez grand pour qu'il semble intéressant à Iya. À cet âge, j'étais comme elle, je cherchais tout ce qui pouvait être de plus grand, de plus chic, mais au final de plus commun. Après tout, tout le monde voulait le plus cher. Donc tout le monde l'avait.

Après avoir choisi une dizaine de pantalons, de pulls et de tuniques, elle passa à la caisse. Elle eu beau présenter l'argent nécessaire, le vendeur ne l'accepta pas.
-Ces tenues sont indécentes pour vous, mademoiselle.
-Mais je suis un homme ! Pourquoi tout le monde me prend-t-il toujours pour une femme ?
-Sans doute parce qu'en réalité vous en êtes une.
Observant la face d'Iya rougir sous la colère, je me décidai à sauver la situation.
-Iya ! M'écriais-je. Viens !
Je me tenais un peu en retrait.
-Laisse moi faire, je vais les acheter pour toi. Tu me donneras l'argent en sortant du magasin.
Sa bouche se transforma en un simple rond étonné.
-D'accord, merci ! Tu as beau être des fois pénible, tu es gentil, en fait !
Elle me sourit, ce qui eu pour effet d'accentuer ses traits féminins.
Le commerçant me regarda arriver, soupçonneux. Il avait bien remarqué ma conversation avec Iya, mais il ne pouvait refuser mon achat.
-Bonjour, fis-je. Je voudrais acheter ces vêtements-ci !
Il calcula le prix dans sa tête.
-D'accord. Cela vous fera deux cents vingt-trois pièces d'or, s'il-vous-plaît.
Je fus intérieurement choqué. C'était hors de prix ! Je me demandais comment Iya pouvait avoir autant d'argent à son âge. Mais à l'instar de Meenak, elle ne voudrait sûrement pas me dire.
Je fournis au vendeur les pièces nécessaires, puis nous sortîmes.
Le soleil commençait à disparaître derrière les remparts de Nlar. Afin d'éviter de rentrer dans une nuit trop noire, je fis signe à Iya de presser le pas. Ce qu'elle put faire sans difficulté. Je devais retourner chercher la lettre, tout d'abord. Mais je ne voulais pas qu'elle voit le regard que j'échangeais avec la domestique. Je lui dis donc d'attendre un peu plus loin, et que je repasserais ici un très court moment par là.
Cette fois-ci, pour que la domestique ouvre, je dû frapper à la porte. Un oui s'échappa de l'entrée en orme sculpté, et je dis clairement qui j'étais. La femme que je voyais régulièrement ouvrit. Je ne savais pas pourquoi elle avait eu cet élan de méfiance, mais je n'avais pas le temps de le lui demander.
Je rejoignis à nouveau Iya. Tout de même, quelle curieuse jeune femme... Pourquoi voulait-elle à tout prix faire croire qu'elle était un gars ? Et pourquoi sa réponse était-elle toujours mensongère ?... Bon, il était vrai qu'elle n'avait pas vraiment de formes, pas comme les autres femmes en général, mais à quinze ans... Je ne m'attardai pas sur ce détail, et nous repartîmes sur le chemin pour rentrer.
Environ à mi-chemin, alors qu'il faisait déjà nuit, je surpris un bruit de pas qui s'était voulu discret. Mais après tout, j'étais presque constamment sur mes gardes. Je dégainai mon épée. Iya remarqua ma méfiance et se raidit. Si son visage ne trahissait aucune émotion, son corps montrait bien le contraire. Mais je croyais bien lui avoir dit que la route de Nlar à Isphir n'était pas calme, et encore moins la nuit. Nous avions mis tellement de temps à acheter des vêtements...
-Qui est là ? Criais-je.
Des buissons sortirent six personnes sombrement vêtus. Leur envie d'être anonyme dans ces vêtements était ridicule. Si elle fonctionnait dans la nuit, il ne devait pas en être de même la journée, dans une foule. Je ne pus voir leur visage. Et la lune luisait si faiblement que son voile de lumière blanchâtre ne me permettait qu'à peine de voir ces individus. Je ne connaissais pas leurs intentions mais je m'en doutais. Il n'y avait que deux ou trois hypothèses valables. Et il valait mieux ne pas penser à certaines, surtout pour Iya.
-Oh rien, juste nous, répondit l'un d'entre eux.
Cette plaisanterie de mauvais goût ne fit rire personne. Un silence presque gêné s'installa. Puis, afin de le rompre, un des six individus commença à parler. Pour expliquer la raison de cette embuscade.
-Vous n'étiez pas censés savoir que l'on était là.
-C'est par rapport au plan mis en place par Yrtich ?
-Vous... Vous êtes au courant de ça ?
-Mais de quoi tu parles, Zlaor ?
La voix féminine d'Iya fit frémir la plupart des hommes en face de nous. Et je me doutais que ce n'était pas par rapport à ses propos. Sans doute plutôt dû à la philosophie à propos de l'amour de Nlar. Ils devaient avoir envie de l'aimer. Évidemment, je ne pouvais pas laisser passer cela. Alors immédiatement, je dis :
-Cela ne te concerne pas, mon garçon. Tu n'as pas vu cette lettre.
-Ah, tu me prends enfin pour un gars ? C'est pas trop tôt, quelqu'un qui reconnaisse ce que je suis !
Ma phrase avait eu l'effet escompté. Les cinq hommes tremblants avait moins envie d'aimer Iya, maintenant. L'autre demeurait imperturbable.
-Vous nous aiderez, hein ? fit ce dernier.
-Non, désolé, je suis très occupé en ce moment.
-Ce n'étais pas une question.
Je ne répondis rien. Un nouveau silence s'instaura, jusqu'à ce que je dise :
-Allez viens, Iya. Il est déjà bien tard... Ne nous attardons pas trop avec de suspects individus.
-Vous venez d'Isphir, non ?
Je me retournai. L'homme imperturbable était dans mon dos.
-Non.
-Ne le niez pas. Vous prenez fréquemment ce chemin, j'ai pu le constater. Vous y tenez, à ce petit village, à ses habitants, et à cet marchande ? Comment s'appelle-t-elle, déjà... Ingread ?
-Que... Que cherchez-vous donc ?




Voilà voilà '-'
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L'amour en Nlar
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